coucou

 

-" ... Au final tu veux t'acheter un ponton"

Ça n'était pas vraiment ça. Parce qu'à ce moment là, le ponton, je ne l'avais croisé que par hasard, en suivant les traces de cerfs dans le sable le long de la Seine. Ils devaient être trois et les sabots fendus faisaient un chemin tout tracé à suivre sous les arbres bas.  Je cherchais un peu de solitude dans ce lieu où j'avais loué un cabanon pour la semaine. Le ponton, je suis tombée dessus sans m'y attendre, et cette première fois, j'ai juste pris une photo. Non. C'était à cause de mon pied droit que j'engageais dans quelque chose, qui me demandait la condition de dégager mon pied gauche. C'étaient les oiseaux partout en chamaille. Le besoin récurent d'un coin à moi. Pas loin de la ville et du métro. A une heure de chez moi. Un coin simple. Un faux plafond

-"Mais du coup faudra acheter une voiture. Ça veut dire que je voudrais bien passer mon permis. Puis un vélo, je voudrai aller faire mes courses à vélo".

Cette Mademoiselle dira Oui. Elle m'aidera, participera à chaque avancées de mon entêtement. Un mobile home vintage, tout en aluminium, que l'on mettra un mois à défendre pour qu'il soit accepté dans ce lieu particulier. J'entendrai dans la joie -"J'accepte parce que vous avez un vrai projet".   Au final, les voisins de tous coins viendront à ma porte nous féliciter de le sauver, le retaper, le laver.  Quarante-quatre mètres carrés, sur une parcelle de trois-cent, sous l'abris très privé d'un château. En bord de Seine, avec les oiseaux, les araignées, l'âne et les jeunes chevaux. Depuis alors, j'y vais dés que je le peux.  Monter cent-cinquante kilos de béton pour faire un barbecue. Isoler la tuyauterie. Ajouter des étagères. Arracher et replanter la haie pour changer l'entrée. Scier la vieille barrière de bois pour en faire une petite. Ce n'est pas fini, j'en fais mon affaire. Et le matin, lorsqu'il fait froid dans le bois où je suis, j'enfourche mon vélo tout neuf et vais chercher le pain, parfois des croissants si Cette Mademoiselle est là. Pioche, pelle, perceuse, scie, taille haie, tondeuse, savon noir et mastiques en tous genres sont mes nouveaux outils. Je filme en go pro mon coin, mes efforts, mon plaisir, je voudrais faire un vlog muet. Et lorsque le soleil se couche, que la rosée monte timidement le long de mon bardage, je rentre dîner avec le P'tit Chien. J'allume la petite lampe de couleurs et couvre les fenêtres pour faire reculer le froid. Je sors un duvet, je lis, écris, cuisine, dors ... Je revis.

Tout ça m'a mise en éveil, je ne demandais que ça, que de me sentir utile à moi-même. Faire quelque chose que je n'ai jamais fait. De nouveau, de plus grand que moi. 

De retour dans le Paris-fourmis, je compte les jours libres à venir, les vacances scolaires, les palettes à déposer dans la voiture tout juste trouvée. J'ai repris mon temps, mon espace, de l'air sur un bagage léger. Le sourire, des couleurs, même si j'ai l'air fatigué., si j'ai des soucis. Je suis bien.